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Emotion de lecture

J'ai lu "Moka" de Tatiana de Rosnay. Je partage son analyse de la situation de deuil.

"Je savais que toute ma vie , je me souviendrais de cette nuit, que je garderais son empreinte sur moi, comme une cicatrice, une brûlure. Je me souviendrais des vêtements que je portais ce jour-là, pull kaki, jupe kaki, des crocks.Je me souviendrai de tout, cette journée ne me quitte jamais...ces moments qui transpercent une vie.Je suis lointaine, déconnectée, décalée, l'impression d'être dans un film surréaliste.

Entendre sa voix au téléphone, l'écouter au plus profond de soi-même...

Je ne pouvais plus passer devant ce lieu, qu'il n'existe plus,qu'il soit rayé de la carte.

Le plus dur est de tenir, calquer le quotidien sur l'horreur qui nous arrivait. Et le réveil, tout revenait.Le poids qui s'installait, qui étouffait.Il faut se dépenser, brûler ce désespoir qui ronge.C'est dans l'épreuve qu'un couple se révèle.On n'arrive pas à tourner la page, on doit apprendre à vivre avec. Comment?Revoir le kaléidoscope de ma vie.

Pour l'homme, la vie continue.Pour la femme, impossible de ressentir du plaisir. Le corps s'endurcit ,comme une forteresse. Ce serait ne plus penser à son fils.

On voit le regard fuyant des gens, ou pressés d'un coup.Ils croient qu'on porte la poisse, ne savent pas quoi dire, pourtant un simple mot:on pense à toi, je suis avec toi.D'autres donnent une tape , un coup de téléphone, apportent une bouteille, une soupe, partagent un peu de notre douleur malheur. On se sent soutenu par cette amitié, cette présence.

Les albums photos procurent une fascination douloureuse, une absence vaste, incompréhensible. Gémir comme un chien blessé. Petit Poucet désespéré, égaré sur un chemin de larmes.Je ne devrais pas remuer tout ça mais je ne pouvais pas faire autrement.Tout me ramène à lui, une silhouette dans la rue, coup de couteau dans la plaie.

History recalls how great the fall can be

When everybody 's sleeping, the boats put out to sea

Borne on the wings of time

It seemed the answers were so easy to find...

L'histoire retiendra comme la chute peut être immense

Pendant que tout le monde dort, les bateaux prennent la mer

Portés par les ailes du temps

Les réponses semblaient si faciles à trouver...

We shall fight on the seas and the oceans;

Tout me touchait, tout me faisait pleurer.

Je ne regardais plus la souffrance, la détresse des autres car elles devenaient miennes, elles m'envahissaient, elles me possédaient.

"Courage, Madame, tenez bon pour lui."

Il ne faut plus parler de vacances; Raconter les douleurs de la journée, leur poids mais je n'en fais rien.J'avais les yeux vitreux, la tête dodelinante.Voyages sans destination, sans but.Certains détournent leur regard, d'autres me dévisagent avec une insistance malsaine, mais aussi regards empreints d'amour, d'encouragement.

Je me réveille en sursaut, le souffle court, avec un poids immense sur la poitrine qui m'empêche de respirer, atroce sensation de noyade, d'étouffement.J'étais certaine d'étouffer, mourir là.

Le jour où il est mort, j'ai tout oublié.Pauvre mère désespérée, pathétique, au bout du rouleau, souvenirs de mon fils, petites bulles du passé qui remontent à la surface et me font chanceler.

Tu t'enfonçais dans le noir et moi avec.Tenir ou crever.Un mépris monstrueux pour ma mère montait en moi.

Vivre dans une bulle. Dans le couple, on se parle à peine ou alors pour se lancer des choses blessantes. Je me sens comme apaisée mais épuisée aussi.Je suis asséchée comme une coquille vide, quelque chose de léger que le vent transbahute, quelque chose de vaporeux.Cela me paraît invraisemblable de renouer avec ma vie d'avant, alors que l'ouragan d'émotions a traversé ma vie, irrémédiablement changée.

Une cicatrice visible ou invisible pour d'autres suinte douloureusement.

Le chagrin insinué pour toujours, prend de l'ampleur, se cale sur ma poitrine et fait fuir tout le bien-être que je pouvais accumuler.A la mer, je ressens cette tristesse indicible, le visage balayé par le vent salé."

C'est bien dit, tout est vrai, il faut le vivre pour le ressentir.

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