22 Juillet 2016
Une alignée de petits voiliers sont prêts à partir pour la course Les Sables Les Açores.
Je rencontre Céline et Christophe par hasard. Ils me présentent le skipper Steven Rouxel sur le 552 qui emmène les noms de nos enfants décédés.Je lui dis que tu aimais la voile. Je suis angoissée un peu, bloquée par l'émotion. Le surveillant me tamponne l'accord pour le départ.Je suis contente.
puis une silhouette qui te ressemble, j'en ai vu plusieurs.
Pour l'assemblée générale, Céline nous a fait entendre la chanson de Grand Corps Malade, le slameur: Nos absents.
"C'est pas vraiment des fantômes mais leur absence est tellement forte qu'elle crée en nous une présence qui nous rend faible, nous supporte.
C'est ceux qu'on a aimés qui créaient un vide presque tangible car l'amour qu'on leur donnait est orphelin, il cherche une cible.Pour certains, on le savait, on s'était préparé au pire mais d'autres ont disparu d'un seul coup sans prévenir.
On leur a dit au revoir, ils sont partis sans notre accord car la mort a ses raisons que notre raison ignore.Alors on s'est regroupés d'un réconfort utopiste. A plusieurs, on est plus forts mais on est moins tristes. C'est seul qu'on fait son deuil car on est seul quand on ressent. On apprivoise la douleur et la présence de nos absents. Nos absents sont toujours là, à l'esprit et dans nos souvenirs. Sur ce film de vacances, sur ces photos pleines de sourires.Nos absents nous entourent et resteront à nos côtés, ils reprennent vie dans nos rêves comme si de rien n'était. On se rassure face à la souffrance qui nous serre le cou en se disant que , là où ils sont, ils ont sûrement moins mal que nous.Alors on marche, on rit, on chante mais leur ombre demeure, dans un coin de nos cerveaux, dans un coin de notre bonheur. Nous, on a des projets, on dessine nos lendemains. On décide du chemin, on regarde l'avenir entre nos mains. Et au coeur de l'action, dans nos victoires ou nos enfers, on imagine de temps en temps que nos absents nous voient faire.
Chaque vie est un miracle, mais le final est énervant.J'me suis bien renseigné, on n'en sortira pas vivant. Faut apprendre à l'accepter pour essayer de vieillir heureux mais chaque année, nos absents sont un peu plus nombreux.
Chaque nouvelle disparition transforme nos coeurs en dentelle mais le temps passe et les douleurs vives deviennent pastelles. Ce temps qui pour une fois, est un véritable allié. Chaque heure passée est une pommade,il en faudra des milliers.
Moi, les morts, les disparus, je n'en parle pas beaucoup. Alors j'écris sur eux, je titille les sujets tabous. Ce grand mystère qui nous attend, notre ultime point commun à tous. Qui fait qu'on court après la vie, sachant que la mort est à nos trousses. C'est pas vraiment des fantômes mais leur absence est tellement forte qu'elle crée en nous une présence qui nous rend faible, nous supporte. C'est ceux qu'on a aimés qui créaient un vide presque infini, qu'inspirent des textes premier degré. Faut dire que la mort manque d'ironie."
Et encore une émission sur le deuil à la TV2.
J'entends les mots:retrait de la vie, perte de sens; la dame dit "Je l'écoute dans les vidéos, j'ai l'impression qu'il est là, j'allume des bougies, ses vêtements sont exposés à la maison; j'ai besoin de mes souvenirs, ses affaires sont là. Seule, on n' arrive pas à s'en sortir. J'ai fait tatouer son nom. C'est encore un choc."
La psychologue dit: les phases sont: le choc, le déni, la colère et le désespoir, la reconstruction et l'acceptation. Ce sont des étapes obligatoires. Le mot "travail de deuil" est insupportable.Il faut beaucoup de temps . Laisser le disparu prendre une autre place, l'absence est une présence en soi. Il faut que les autres acceptent cette souffrance, le besoin de parler de lui.
(pour une fois, elle dit les bons mots, j'apprécie)