19 Juin 2020
Quel plaisir d'arriver dans le sud! A partir de Millau, la tension monte. 5h de route . A 10 h, je suis à Saint-Guilhem le désert, ça y est, j'explose en pleurs en voyant les canoës, quel souvenir! L'émotion est prenante, j'étouffe. Je te vois à la fontaine et appuyé sur le gros platane. Je me réfugie à l'église, l'apaisement, les bougies.
Je passe au cimetière de Juvignac mettre une rose pour mes beaux-parents et mon beau-frère.
Ah! La Grande Motte m'enchante toujours, la grande pyramide en impose derrière les bateaux.
Oh! Sète est dans la grisaille ce matin, une brume épaisse , les embruns brouillent le ciel. Je me gare rue d'Alger comme toujours. Je jette une rose mais le quai est fermé maintenant. Les vagues sont grosses et balayent le mur. Je te vois assis là , si triste, pour la dernière fois.Mes photos sont vraiment barbouillées, j'ai compris trop tard qu'il fallait essuyer l'objectif embué, je suis idiote et je plane souvent...
Je monte à Notre-Dame de la Salette, j'allume une bougie, je reste là un bon moment, que dire, je ne sais pas prier, j'écris un mot mais ça ne sert à rien. Tout ça est irréel.
Laurent Seksik: "Chez eux, le passé n'était pas une vue de l'esprit. Les disparus étaient invités à la table des vivants, conversaient avec eux, prodiguaient des conseils. Les morts ne disparaissaient pas, leur épopée hantait les consciences, leur expérience nourrissait la pratique quotidienne. Rien n'était irrévocable, rien ne serait jamais fixé à l'avance. Le meilleur était toujours possible, le pire toujours envisageable. L'avenir était derrière soi tout autant que tracé devant. On pouvait être et avoir été."
Je reviens par Balaruc. Le souvenir de ces dernières vacances, là, il y a 10 ans, est très cruel. C'est tellement triste que tu ne sois pas là à ma place. Goéland plane, me surveille. J'écris ton nom sur ton banc à côté de la fresque de Brassens. Je vois le studio , je me gare sur la petite place.
Paul Valéry:" La mer, la mer, toujours recommencée."
"Je remonte le long de la chaîne de ma vie, je la trouve attachée par son premier chaînon à quelqu'un de ces anneaux de fer qui sont scellés dans la pierre de nos quais. L'autre bout est dans mon coeur."
C'est joli.
J'ai vu Maryse et Jean-Noël à Alès, on a visité la ville, pas mal, moins bien que Nevers. mais plus de rues commerçantes.J'ai aussi déjeuné chez Isabelle et Ginès, on a parlé de leurs maladies... Suzanne et José sont venus au café, il ne va pas bien, et n'a pas fini la chimiothérapie mais refuse de continuer, il souffre trop. Je me demande si je le reverrai l'an prochain. J'ai déjeuné aussi chez Marie-Jo et Alphonse, ils vont bien. Pour me déstresser, je vais marcher dans l'eau sur notre grande plage de La Petite Motte. Goéland fait comme moi. Une petite fille adorable m'aide à remplir mes bouteilles de sable, je ne comprends rien à ce qu'elle dit, sa maman me rassure"Je suis russe"
Aigues-Mortes est déserte, je fais le tour du carré, j'ai trouvé des autocollants pour la prochaine voiture.
Je vois un troupeau de taureaux couchés. Les chevaux camarguais sont pacifiques, tu les aimais beaucoup.
Mon coeur est exalté en voyant Santi Mario de la mar, j'aime venir là sur tes pas, le port, les petites rues, l'église, la plage, les gitanes. Marie Sara n'est visible qu'à travers la grille, on ne descend pas dans la crypte. Je m'extasie toujours ici, un petit moment de bien-être, le Nô. Je te ramène du sable fin de cette plage , je te vois toujours sur le rocher en été , en hiver.
Tu n'appréciais plus rien, la détresse empêche de profiter de ces moments privilégiés , juste à observer la nature, écouter les cigales, regarder les lauriers magnifiques, admirer les flamants roses. Tu ne pouvais plus, il fallait partir ailleurs. Je le comprends, j'ai des moments de découragement mais ces petits bienfaits me raccrochent à la vie.
Je reviens par Saint-Gilles, je ne connaissais pas, on a vu ce village à la télé car il est sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle en partant de Arles. Oui, son abbatiale est belle avec son triple porche superbe, mais certaines statues ont perdu leur tête, le vandalisme a toujours existé.
A Port Camargue du Grau du roi, le Lady Blue est toujours à quai. J'aime le revoir, tu l'avais choisi pour la photo. Ils sont beaux , tous, 5000 anneaux, un port géant.
On voit bien La Grande Motte en face derrière le chalutier qui rentre avec plein de goélands .
J'ai bien profité de cette parenthèse . Avec Maryse, c'était cool, elle arrive à me faire rire, c'est bien, l'amitié.
Au cimetière, je mets une branche de palmier que j'ai trouvée là-bas après le grand vent.