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Les peintures d' Emmanuel
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Ennuis inattendus

Voilà, Emmanuel, ton père et moi, sommes toujours vivants 10 ans après ton départ, un non-sens.

Toujours mariés, chacun doit assistance à l'autre, bien que séparés depuis 15 ans.

Ton père a eu des hallucinations, il entendait des voix et croyait qu'on allait le tuer, des bandes...donc les voisins ont appelé le SAMU et il est à l'hôpital psychiatrique. Soigné un peu, il veut revenir à la maison.  Alors j'ai été obligée de retourner dans ce qui fut "notre maison". Un choc, ce fut douloureux mais ce n'est plus ma maison; tout est dévasté, saccagé, encrassé. Il n'a rien lavé , il a entassé des vêtements, des journaux, des outils... Une entreprise de nettoyage a vaguement enlevé la grosse crasse mais les moquettes sont encore très sales. J'ai été obligée de déblayer les lits et les sols des tas de vêtements et des piles de journaux avant leur nettoyage, on ne pouvait pas entrer dans les chambres encombrées. J'ai rempli 35 sacs de 100l , 20 jours de calvaire...seule. J'avais honte. Les voisins venaient me voir: "Vous êtes courageuse mais qu'est-ce que vous allez entendre s'il revient!"

Dans la foulée, j'ai fait couper les arbres du jardin qui débordaient et les ronces. Je suis épuisée, frigorifiée car la chaudière ne fonctionne plus, il faut la changer. Le médecin me dit: "Faites faire 3 devis et prenez le moins cher sinon je le garde."

5 plombiers sont venus. L'un d'eux me dit "Mais je ne peux pas travailler dans un chantier pareil! Il faut déblayer tout ça!"  Alors je recommence au sous-sol mais là, j'ai peur, toute seule, dans les araignées plus grosses qu'en haut et peut-être des souris! J'appelle un jeune homme qui fait des petits boulots de toutes sortes et on remplit 3 camions de saletés, linge, vélos, polystyrène, bâches, tuiles...l'enfer... Je lave tout en rentrant chez moi et j'ai encore l'impression de garder l'odeur de crasse et d'humidité. Il reste encore des trucs inutiles mais les abords de la chaudière sont dégagés, on n'a pas touché le garage...

La dernière étape a été de ranger ton placard et tes papiers, là, c'est dur. "On apprécie Emmanuel pour ses compétences et sa convivialité, il contribue favorablement à la cohérence du groupe" sur un rapport au travail.

"Non, je ne suis pas nul, je ne suis pas un bon à rien, je dois changer mon état d'esprit, j'ai la force..." sur un carnet personnel.

Je suis effondrée, c'est bien ton père qui t'a tué et moi qui n'ai rien dit, la culpabilité est de plus en plus lourde à porter. Il est trop tard. Je ne souffre pas à la hauteur de ce que tu as souffert. C'est là que Sylvain Tesson me réconforte un peu dans son livre 'Une très légère oscillation"

Oui, je fuis, je pars à la mer ou à la montagne, seule avec ma détresse. Les idées de Tesson:

"La théorie de la méduse

1-Tout être qui ne réussit pas à peser sur son destin se venge en devenant néfaste.

2- La toxicité est le remède que trouve le faible à son impuissance "Je ne peux lutter contre flux et courants, je ne peux décider du cours de ma vie? je serai votre poison.

3- La maîtrise de soi est donc à l'origine de toute vertu."

puis

"Où vont les morts? Voltigent-ils autour de nous? Ferment-ils à jamais le caveau pour se dissoudre dans le néant? Se réfugient-ils au-dedans de nos âmes? La question est banale comme toutes les questions éternelles. Chacun se la pose et personne ne sait rien.

Une chose est certaine, les morts hantent les lieux où ils ont vécu comme si, par un principe d'infusion , leur souvenir imprégnait le sol...

Pour les vivants, la tragédie consiste à demeurer dans une maison après la disparition des êtres qu'ils ont aimés. Sera-t-il possible pour eux de rester? Les murs sont hantés par la mémoire. Les fantômes rôdent. Des voix chuchotent. La folie guette. Il faut fuir.

Victor Hugo à Jersey "Il me semblait que je l'entendais rire à côté..." 11 ans plus tard!

Les lieux sont le conservatoire des défuntes années.

Mais d'autres restent... Fuir semble le premier baume quand le malheur s'abat quelque part. N'importe où... Mais quand on ne trouve pas le moyen de s'en aller... ou que l'on choisit la lutte avec l'ange, reste à trouver  le courage d'un face à face avec un environnement devenu la toile de fond de l'infortune. Un face à face avec un génie du lieu métamorphosé en cerbère du chagrin."

Voilà, c'est bien dit. J'ai retrouvé ces lieux avec peine mais je vis ailleurs. 

Des amies m'ont téléphoné pour me soutenir et m'ont obligée à consulter mon médecin. J'ai l'impression que mes os sont broyés, je dois me coucher à 20h et je ne dors pas. Mon espoir est de pouvoir partir à Saint-Gervais sitôt le déconfinement. L'amitié est un bien précieux, je ne le dirai jamais assez, je suis seule mais pas isolée. Je prends les événements avec recul, ce n'est rien en pensant à mon petit Baptiste, à Sarah la petite fille de Georgette morte à 18 ans et à toi, mon Manu qui a tant souffert. Au cimetière, j'ai parlé avec Jean-François qui a perdu son fils d'un cancer des os à 20 ans! On a pleuré tous les deux.

Michelle Obama dit que ça fait mal de regarder un coucher de soleil, de vivre quand on a perdu quelqu'un qu'on aime. Les couleurs sont ternes, la musique fait mal, les souvenirs aussi.

J'ajoute que le médecin m'a envoyée chez l'angiologue et le cardiologue, ce sont d'anciens parents d'élèves, la dame ne m'a pas fait payer "Pour vous, c'est gratuit, Madame Sanz" et m'a donné le portable de son mari qui m'a donné une consultation dans la semaine, je suis sortie avec les larmes aux yeux, tant de gentillesse et d'empathie réchauffent le coeur. C'est exceptionnel! Ils ont un bon souvenir de moi, dit-elle, pourtant je n'ai aucun mérite, les garçons sont cardiologues comme leur papa.

 

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Ennuis inattendus

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C
Que de misère humaine !<br /> Qu'avons-nous fait pour mériter cela?
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