17 Août 2022
La route est longue de Nevers à Fouesnant mais j'ai emmené le papa et un des jumeaux car leur train a été annulé au dernier moment. On a bavardé alors je n'ai pas vu le temps passer, un petit bouchon à Nantes , partis à 6h30, nous arrivons à 13h15 à la crêperie puis je les dépose à l'appartement en attendant la maman occupée à la maison.
Mon hôtel à Bénodet est agréable, ma chambre est confortable mais les fenêtres, petites , j'étouffe, heureusement, les nuits sont fraîches. Ici aussi, il fait 30° et que de monde à cette période! Je marche le long de la côte jusqu'au port que tu aimais tant, je retrouve ton nom sur le banc, Emmanuel.
Oh! une Porsche de la couleur de mon sac! je rêve!!!
Ah! Loctudy et sa petite plage, un endroit reposant avec son phare à damiers. Je récris ton nom presque effacé. Un beau galion espagnol est à quai le Nao Victoria et il est prêt à partir. J'attends une heure puis "Vamos" crie un matelot. Tu disais souvent ça, j'ai mal, tu serais content, il est majestueux, tout noir. Je déjeune au Gwenn Ha Du !
Une maman a écrit: "J'ai le visage de mon fils sur l'écran de mon portable. ça paraît bête mais ça m'aide à le sentir présent à mes côtés. Les gens disent qu'il faut que j'arrive à avancer, à oublier. Ils trouvent que je parle trop de mon fils. Ils voudraient que j'aille voir un psychologue pour m'aider à passer à autre chose, à faire le deuil. Mais je ne veux pas faire le deuil de mon enfant! Il accompagne chacun de mes pas."
Le phare d'Eckmühl a plein de visiteurs, tant pis, je ne reste pas une heure en plein soleil. La plage de La Torche me déçoit, le soleil est barbouillé et il y a une vraie foule dans l'eau, des amateurs apprentis surfeurs qui ne tiennent pas debout, ce n'est pas joli. Je récris ton nom sur le blockhaus, il est repeint. Je passe par la chapelle de Tronoën où aura lieu le concert jeudi. Puis je vois celle de Trolimon, elles se ressemblent toutes mais c'est un émerveillement à chaque fois et j'allume des cierges.
La chapelle du Drennec est un beau souvenir, le pardon du 15 août avec Thérèse et Paul, c'était il y a 40 ans! Maintenant ma mère est décédée, Paul aussi et Thérèse est en Ehpad. Elle ne me reconnaît pas, me vouvoie, les infirmières me disent d'insister, parfois ça revient...une demi-heure, je parle toute seule, j'abandonne.
La chapelle de La Forêt-Fouesnant est bien restaurée, je mets des cierges.
Concarneau me plaît. Les goélands sont nombreux à la criée et se battent .
J'achète une petite baleine , une méduse, un marin pour toi et un rouge-gorge pour ma mère. Je trouve une ceinture en vrai cuir. La dame me dit "Vous avez un joli médaillon, c'est votre mari," " Non, mon fils..." et j'explique. Elle s'excuse et pleure "Mon fils est autiste, il a fait une tentative de suicide, il me rejette parce que je l'ai fait hospitaliser, maintenant, il va un peu mieux, il a une amie mais je ne sais pas quoi faire, j'ai peur..." elle parle beaucoup et pleure. Je n'ai pas de conseil à donner, je la rassure, je ne pleure pas devant elle mais en sortant, je craque. Je suis triste pour elle, Elle a environ 50 ans et le petit 28. A la chapelle des marins, je me calme, j'adore cet endroit. Ton nom y est toujours. Je pense à elle longtemps.
Beg Meil est une petite plage plein sud, il fait très chaud, Cap Coz est pleine de monde, plus grande avec des grands pins, je m'assois par terre et ne bouge plus. Je marche dans l'eau à 18 h, les touristes commencent à partir. Mousterlin à marée basse est moins agréable.
J'emmène les jumeaux de mes amis à la pointe du Raz, un vrai plaisir, ils sont très gentils, on contemple ce spectacle grandiose, on voit l'île de Sein et Tevennec, tout est bleu. On déjeune au Pirate.
On va visiter la chapelle de la pointe du Van, elle est ouverte, je mets des cierges pour toi et pour Thierry, le fils de Elisabeth, parti il y a 13 ans.
"Le temps panse les blessures et calme la douleur. Il la polit comme un galet usé par le roulis de la mer, souvenir d'une existence qui parfois n'a rien d'un rêve, souvenir de ce que nous avons été, de ce qui nous a fait mal...La douleur serait toujours là, indélébile, seulement moins aiguisée et plus supportable." Carole Duplessy-Rousée
On achète des blousons à la coopérative maritime de Loctudy, on boit une limonade , on mange une glace, tellement il fait chaud. Les bateaux défilent devant le phare.
La plage de La Torche m'attire parce que tu y es venu souvent, Manu. J'ai marché dans l'eau, j'ai pleuré, hurlé ton nom, c'est une souffrance interne, j'ai mal au ventre, à la tête. Le goéland vient filer à toute allure au-dessus de moi. Je me récompense en mangeant dans un bon restaurant, l'Armor Breizh à Penhors, mmm: langoustines, brochette de Saint-Jacques, glace.
La chapelle de Penhors a un clocher bien sculpté, l'intérieur est entretenu. J'allume une bougie, je mets un mot.
"L'existence , c'était un temps sur un axe, de la naissance au décès. L'esprit s'en allait avec le corps. Tout ce qu'on pouvait dire sur l'âme n'était fait que pour rassurer les mortels. Mais ça n'était que foutaises. Les religions ont usé de l'argument pour que les hommes obéissent. La vérité, c'est que, quand un coeur s'arrête de battre, tout est fini à jamais. Rien ne survit au défunt. A part les souvenirs, les paroles, les lettres, les photographies, tous ces objets qui permettent aux vivants de ranimer la flamme quand l'oubli menace." Carole Duplessy-Rousée dans "Peut-être demain"
Le soir, je retrouve la famille des jumeaux pour le concert de Pierre, leur grand frère et son orchestre "La clé des champs" à la chapelle de Tronoën. Un moment exceptionnel de belle musique et d'amitié: Rossini, Mozart, Strauss, Beethoven, Saint-Saens nous enchantent, c'est divin en ce lieu. Beaucoup de monde, il faut rajouter des bancs. Des applaudissements nourris, c'est bien pour ces jeunes. Pierre repart avec ses copains.
Concarneau organise la fête des filets bleus que j'ai déjà vue 3 fois. La reine est Chloé, souriante, bretonne d'origine espagnole. Les petits espagnols sont gracieux mais moins beaux. J'ai dit "por favor" et "gracias", tu rigoles, Manu. J'ai tellement de peine que tu ne profites plus de ces bons moments...
Les restaurants sont pleins et réservés à l'avance alors on a dîné à la maison de la grand-mère, les enfants ont fait des crêpes, Pauline était là, Nicolas est arrivé de Paris, il ne manque que Marie, un plaisir immense , une belle tablée!