26 Mai 2019
J'ai assisté à 3 jours de procès France Telecom où je me suis portée partie civile avec 120 autres victimes et beaucoup d'autres ne l'ont pas fait.
Le représentant syndical a dit "Ce procès est un rempart contre l'oubli"
Voilà, même s'il n'y a pas de punition, il faut montrer que les victimes existent et leur rendre hommage.
La première fois, le débat portait sur le nombre extravagant de 22000 salariés ciblés à faire partir.
Quand j'ai vu Didier Lombard, j'étais tétanisée , comme en danger devant un ennemi.Le policier m'a demandé qui je suis, les larmes ont coulé sans le vouloir.
La deuxième fois, ce fut traumatisant, dans une tension extrême.Un employé a expliqué son parcours dans l'entreprise, habitant Marly le Roi, il a été muté à Besançon où il n'avait pas de travail...
Une dame a témoigné de la descente aux enfers de son mari jusqu'au suicide: de Poitiers, il allait travailler à Bordeaux...Elle m'a fait pleurer, on a discuté un peu après.
Un troisième témoin a raconté ses multiples mutations et ses dépressions depuis 20 ans. Un homme de 70 ans qui pleure!
J'étais épuisée et tremblante. Je suis restée à l'hôtel pour me coucher à 20 h, les pieds en marmelade, une heure de métro debout et une marche au bout de Saint-Maurice.
Le troisième jour, ce fut moins douloureux, le débat portait sur les modalités du management. Les 7 prévenus sont d'une mauvaise foi évidente! et pas toujours d'accord entre eux. La présidente insiste et les fait parler tour à tour, ils se contredisent. "Dans chaque fonction publique, il faut un redressement" "On les accompagnait!"
C'est intéressant mais je ne peux pas y assister tous les jours, c'est dommage. Je vais en cure tout le mois de juin, le cas d'Emmanuel va être évoqué par l'avocate, je suis incapable de parler à la barre, je m'effondrerais, trop impressionnée: 10 avocats de chaque côté, 7 prévenus, la présidente, les assesseurs, l'huissier, le procureur...le public, la presse. Je n'ai pas la force , j'admire cette dame qui l'a fait pour son mari sereinement avec beaucoup de dignité! A la question, "Vous n'avez pas accusé FT, pourquoi?" elle répond "Ma priorité était de m'occuper de mon fils de 10 ans et de me demander si j'en étais capable seule"Une grande dame!
Par contre, le pauvre vieux de Calais très dépressif a pleuré, c'est navrant, j'avais envie de le consoler...en pleurant avec lui.
Quelle épreuve pour ces gens-là, comme pour moi, tout le mal revient à la surface jusqu'à l'ultime sacrifice.Ils ont bien été sacrifiés au nom du profit de l'entreprise.
Le jeudi, Jean-Louis est venu me voir une heure pour discuter, quelle bienveillance!c'est un vrai signe d'amitié et de soutien. Il me défend à fond et insulte les dirigeants de FT tellement il a la haine; moi, non, mais je suis contente que ce procès ait lieu même 10 ans après.
Le vendredi, c'est Catherine qui m'appelle et veut venir déjeuner avec moi, je suis émue aux larmes, quelle preuve d'amitié extraordinaire, elle me redit que j'aurais dû venir chez elle, avec toute sa gentillesse.On discute , elle me montre sa jolie petite fille de quelques jours.Je tremble toujours mais ça me fait du bien de parler.Nadine m'envoie un message , Edith aussi.De l'altruisme, j'en suis contente et émue.
Merci à ces amis formidables, ils m'aident à tenir debout psychologiquement.
J'ai très mal aux jambes, à Paris, il faut toujours marcher, monter les escaliers du métro puis debout pendant une heure serrés comme des sardines par une chaleur asphyxiante et avec des odeurs de parfum et sueur mêlés, beurk! J'étouffe mais je suis très motivée.
J'ai jeté 3 roses dans la Marne vers notre péniche préférée.