30 Avril 2020
En janvier 2020, un virus s'est propagé en Chine et rapidement sur notre continent, l'Italie puis la France...provoquant des dizaines de morts puis des milliers.Le monde est atteint. On l'appelle Coronavirus ou Covid 19, inconnu et sans traitement, c'est-à-dire que les voies respiratoires sont atteintes et on étouffe.
En un mois, des régions entières ont été infectées, les hôpitaux sont débordés par le nombre de malades , impossible de les intuber tous donc on en arrive à trier les vieux et on les laisse mourir, du jamais vu! Quoique? je pense qu'il y a déjà quelques années qu'on laisse mourir les vieux, ma mère de 90 ans a été mal soignée. Il est vrai qu'on est trop nombreux, place aux jeunes, la Terre devient trop petite et beaucoup meurent de faim...Il faut admettre qu'à un certain âge, on a vécu. Donc , en ce qui me concerne, j'ai 70 ans, je souffre d'asthme et mon immunité est déficiente depuis que j'ai la maladie de Lyme. Selon les autorités, je fais partie des cas désespérés.
J'ai révisé mon testament et je suis prête à partir.
On nous a confinés, chacun chez soi, sans sortir pour ne pas propager ce virus invisible. France, Italie, Espagne, Allemagne ont bloqué les frontières. C'est une guerre sociale, médicale, économique, et financière avec des conséquences graves pour les plus faibles. Quel avenir?
En ces temps de solitude imposée, il est bon de réfléchir...
"Je fais la troublante expérience que les miens sont encore un peu vivants , je dialogue ou plutôt monologue avec mes disparus. Mes absents les plus proches sont toujours présents. Ils ont un impact sur mon comportement, je converse avec eux." Marianne Basler
Je suis à moitié de l'avis de Thoreau, habituée à la solitude depuis 10 ans.
"Je trouve salutaire d'être seul la plupart du temps, dit-il. La compagnie même la meilleure est bientôt fatigante et nocive. J'aime être seul. Je n'ai jamais trouvé compagnon d'aussi bonne compagnie que la solitude. Nous nous sentons plus seuls en nous mêlant aux autres que lorsque nous restons chez nous. Où qu'il soit, l'homme qui pense ou qui travaille est toujours seul.La solitude ne se mesure pas à la distance qui sépare un homme de ses semblables . La compagnie est souvent de piètre qualité. Nous nous rencontrons à des intervalles très rapprochés, sans avoir eu le temps d'acquérir la moindre valeur nouvelle pour autrui, nous nous retrouvons trois fois par jour pour les repas, où chacun offre à l'autre une énième dégustation de ce vieux fromage moisi que nous sommes. Afin de rendre supportable cette fréquentation effrénée et de ne pas aboutir à une guerre déclarée, il nous a fallu accepter un certain nombre de règles appelées étiquette et politesse... nous vivons serrés les uns contre les autres, en nous barrant sans cesse la route et en nous bousculant et je crois que nous perdons ainsi un peu de respect les uns pour les autres."
Sylvain Tesson qui est un baroudeur, analyse la situation:
"La quarantaine ouvre le débat de la liberté et de la contrainte plus que le débat de l'arrêt et du mouvement"
Je pense quand même que cette solitude infligée peut être bénéfique, même si elle me pèse. On analyse ses sentiments, on doit occuper ses journées autrement mais ce confinement total finit par m'écraser, un mois, c'est long, j'ai besoin des autres, de parler, d'échanger. Deux mois, ce n'est plus possible, je déprime, je me sentais déjà inutile, là, j'ai eu envie d'en finir.
Je suis allée au cimetière chaque semaine, en pleurant, je n'avais pas de fleurs, j'ai maintenu les primevères, les hellébores et l'oranger mais ce n'est pas aussi beau que d'habitude et c'est un manquement à mon devoir de fleurir la tombe de mon fils, un crève-coeur.
Alors, le 17 avril, le président a parlé et certains commerces ont rouvert leurs portes dont le pépiniériste qui a reçu des géraniums et des hortensias. Je me sens mieux, je peux fleurir mes tombes.
Toutefois, je suis triste, je mesure ma faiblesse, je ne pourrai plus repartir sur les routes, voir la mer quand j'ai envie, mes voyages sont un souvenir perdu interdit. Cette pandémie a tout balayé.
Ce sont les jeunes et les employés qui souffriront le plus, sans emploi, sans argent...Ce n'est pas la guerre avec un ennemi menaçant et le manque de nourriture mais ce sont les interdictions ou la ruine.
Je continue à écrire mais je vais bientôt disparaître dans cet au-delà inconnu, ce néant. Le récit s'arrêtera net. "Remplir de ses pensées une feuille de papier est la plus démocratique, la plus égalitaire, la plus bénéfique, la plus modeste et la plus écologique des occupations." dit Tesson
Il a fait beau ces deux mois, j'ai pu observer les étoiles toutes les nuits comme les peintures d'Emmanuel.
Je dois reconnaître une belle solidarité de certains de mes amis, ils m'ont appelée "Viens chercher de la salade...", d'autres m'ont apporté un gros bouquet de muguet pour mon fils, une amie médecin "si vous avez besoin, on est là à tout moment", un voisin médecin retraité a donné un masque à chaque habitant de l'immeuble, les jumeaux sont passés me parler au balcon avec leur grande soeur ou grand frère en faisant leur footing; vraiment, ça fait du bien, j'en avais les larmes aux yeux, c'est là qu'on reconnaît les vrais amis de coeur et les personnes empathiques et serviables, un élan que je n'aurais pas soupçonné.
Mes amies me téléphonent régulièrement, on partage notre peine, elles ne peuvent pas aller sur leur tombe, à Paris ou La Rochelle, les cimetières sont fermés, quelle double peine!
"La mort est la fleur qui se fane et repousse autrement."