10 Mai 2021
Dès la libération, je pars le 3 mai à La Grande Motte.
Je m'arrête à Saint-Guilhem le désert, village bien désert effectivement. Je te vois, Emmanuel, à la fontaine. Je mets un cierge dans cette chapelle très sombre, ça fait mal.
Au port de La Grande Motte, je te vois "en distanciel" comme on dit maintenant, tu marches devant moi, ici, partout, sur notre grande plage.
Je retrouve quelques MANU tracés l'an dernier, je recommence.
"Cette histoire laisse en nous des traces indélébiles, le prolongement des morts chez les vivants." Delphine Horvilleur
Aigues-Mortes est vide, je fais le tour du carré, comme toujours.
Les Saintes Maries sont un peu plus vivantes, pas de gitans pourtant.
Je fais le plein à mon épicerie préférée: riz, sel, vin, herbes. La belle Sara a retrouvé sa crypte, c'est plus joli. Je pique-nique à la plage. Je retrouve le rocher où tu étais assis il y a 11 ans! une torture...
Sète m'enchante, je te vois sur le mur, près du phare devant ces jolis voiliers et le mont Saint-Clair. Je pique-nique là-haut, il fait chaud, Notre-Dame de la Salette me rafraîchit. Je marche longtemps, les souvenirs m'assaillent.
Le soir, je ramasse des coquillages sur la grande plage, je jette du pain que le grand goéland vient avaler aussitôt. Je lui parle. Je raccroche un cadenas sur LGM, celui de l'an dernier a disparu. Des jeunes me demandent de les prendre en photo, ils sont de Saint-Etienne et connaissent Nevers!
J'écris ton nom dans le sable au ras de la vague, je vais marcher dans l'eau une heure, en revenant, je regarde, il reste MANUEL, la mer l'a effacé un peu. Un couple s'arrête et le monsieur dit :"ça, c'est une dame , on l'a vue jeter une rose" "Oui, c'est moi, c'est pour mon fils qui n'est plus là, je suis un peu folle." "Non, pas du tout, on s'est douté, moi, j'ai perdu ma fille de 20 ans d'une méningite foudroyante en 2 jours, mais ils sont avec nous." On parle, il dit qu'il faut relativiser par rapport aux enfants kidnappés jamais retrouvés. Je lui dis que le petit Baptiste de mes amis avait 7 ans. On mesure l'horreur de ces situations même si ça n'enlève rien à notre peine. Quel hasard de discuter avec des gens sympathiques qui ont la même peine que moi. On a tout de suite senti l'empathie. Là, je pleure longtemps quand ils sont partis. Je m'assois sur notre banc, je me calme, j'écris ton nom sur les ganivelles tout autour et un peu sur les murets du chantier à bateaux...
Au Grau du roi, je retrouve le Lady Blue, je suis contente.
Je vais voir Michèle à Alès, une ancienne copine de Nevers retournée dans son pays , vers ses enfants. Elle a un bel appartement au bord du Gardon.
Maryse et Jean-Noël me reçoivent à Méjannes, un plaisir de bavarder une fois par an. Ils ont 2 enfants et 2 petits-enfants, on regarde les photos, ce sont des ados maintenant!
J'ai aussi rendu visite aux cousins Sanz, ils sont bien malades, entre 75 et 90 ans! Je suis bien reçue dans les 3 maisons, les dames ont fait un gâteau, c'est sympa.
Cette semaine au soleil m'a fait du bien.