14 Juin 2021
La cure thermale de Gréoux me déçoit cette année, je l'ai retenue l'an dernier, pourtant on me met l'après-midi, c'est moins bien. Tant pis, je ne reviendrai pas, j'ai d'autres options: Balaruc, Quiberon, La Bourboule puisque j'ai aussi de l'asthme.
Mon studio est aussi agréable avec vue sur le château.
Donc je me balade le matin: Moustiers Sainte Marie a un charme particulier, je te vois dans cette petite rue qui monte, je grimpe à la chapelle, j'ai chaud. J'allume des bougies en pensant à toi, mais aussi au petit Baptiste et la jeune Sarah, ces pensées me vrillent l'estomac. C'est si beau et ils ne sont pas là pour en profiter, c'est très injuste et inadmissible.
Ici en mai, c'est le temps des coquelicots et des genêts mais la lavande est verte, en boutons, la sauge sclarée est violette, les Alpes sont enneigées, le plateau de Valensole est un paradis. Je te ramène un coeur coloré!
"Ton absence était très présente ce matin" " Je garde le cap et le cap, c'est toi" dit ce père. Moi aussi, tout ce que je fais est en fonction de toi, de ce que tu aimais. "Je te parle donc ça va". Moi aussi, je te parle tout le temps :"Hein que tu m'entends" et le goéland vient me voir ou un skieur qui te ressemble ou une silhouette, j'ai un signe. "Je voudrais que "toi en moi " survive encore longtemps"
Les voyages sont ma survie, tant que je pourrai...
J'ai voulu voir le Mont Ventoux. Ah! une surprise! il est fermé pour travaux. Bah! je vois des marcheurs attaquer la pente, alors je les suis, 4 kilomètres pour atteindre le sommet, je laisse la voiture au chalet Reynard, je grimpe avec mes 2 bâtons, j'ai chaud, j'ai mal à la tête à cause du vent froid, je parle aux autres marcheurs, on s'encourage, le dernier kilomètre est très dur, mes jambes se raidissent .Ah! quelle récompense! on voit les Alpes enneigées et tout le Vaucluse à 360° Un jeune me prend en photo, je le félicite de sa montée, en vélo aussi c'est dur. L'esplanade est pleine de cyclistes, l'un d'eux s'exclame "J'ai mal aux couilles, putain!" Tout le monde éclate de rire.
J'ai pensé à toi , mon Loulou, tu aimais faire du vélo, mais là, je ne sais pas si tu l'aurais fait, c'est une performance. Certains peinent. Je sais que Pierre l'a réalisé, j'envoie un Sms à Jean, il ira un jour, il est bon cycliste.
Esparron de Verdon est bien bleu au soleil. Je te vois avec ta serviette sur l'épaule, une souffrance toujours. Je reste sur le banc, je te parle. Je supporte de moins en moins le vide que tu laisses et en même temps, je te sens avec moi partout, c'est paradoxal.
"C'est étrangement présent l'absence. Le manque pousse au remplissage et l'absence à la redite...Toutes les familles heureuses se ressemblent, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon" Daniel Picouly
La vue sur le lac de Sainte Croix est un enchantement, le temps s'arrête. Les allemands sont éblouis, eux sont en vélo.
Au bord du lac, peu de voiliers. Les saules et les peupliers ont le pied dans l'eau. Il y a 11 ans , on avait une grande plage , tu t'es baigné.
Aline et Philippe font la cure aussi mais le matin très tôt. A 9h30, ils m'emmènent en randonnée dans les champs de lavande, une belle balade de 10 kms. Ils sont très sympas. On a fait une jolie rando une fois par semaine.
Ce dimanche de fête des mères est toujours cruel, je pense à toi encore plus fort, plein de jeunes achètent des fleurs, moi c'est un petit olivier pour toi.
Colette et Isabelle ont pensé à moi, ça me touche beaucoup, c'est tellement gentil. Aline m'a invitée mais j'ai prévu d'aller à Aix que nous aimions tant: le cours Mirabeau, les petites rues, le musée Caumont et je vais au musée Granet aussi, je n'aime pas tout. Zao Woo Ki expose cette année, c'est bizarre et l'Egypte à Granet. Je préfère une exposition de Henri Guey dans une petite galerie, je reconnais le Ventoux.
Je m'offre un plat dans une brasserie vers la fontaine: boeuf pâtes, glace. Le serveur me réserve une place à mon prénom "comme ma maman" dit-il et on plaisante.
Saint-Julien le Montagnier est un charmant village haut perché sur sa colline, j'aime grimper jusqu'au moulin.
J'entends une chanson; "Leur joie me fait mal. La vie est une vallée de larmes..."
C'est bien Moustiers que je préfère, j'y retourne, c'est jour de marché. Le petit gars qui m'avait gravé un bracelet l'an dernier , est là, je lui en demande un autre en aluminium. Il est dans la rue qui monte juste où tu étais en photo, des coïncidences pour moi. Je mets des cierges pour Fabien et toi, on est le 4 juin, 12 ans que ce joli garçon est parti à 20 ans, j'envoie un Sms à sa si gentille maman Catherine. J'aime cet endroit.
Un week-end à Saint-Raphaël est un rêve. C'est beau et vivant. Tous nos souvenirs sont là, sur le port et chez Lily. Mais la maison est abandonnée, le jardin dans les herbes; Lily a 98 ans, enfermée dans son Ehpad et dans son monde perdu. Claude est très affaibli et triste de voir sa femme Ginette perdue aussi. Christian et Michèle vont bien, ils ont eu le virus "On va sur la ligne d'arrivée" toujours un mot pour rire. Surprise: Babette et Jacques ont vendu leur belle maison pour acheter une plus petite sans jardin. C'est un monde passé, on ne se rend pas compte du bonheur qu'on vit quand on est jeune et que tous les êtres chers sont là.
Je m'offre un petit dîner, moules frites à "L'équipage". Des jeunes très sympas me servent habillés en marins. J'entends une Porsche ronfler! oui, une belle bleue. On rit.
Agay a toujours son charme de petite cité côtière. Je te ramène 2 bouteilles de sable de la plage, il est rose. Encore une Porsche jaune éclatant, une 2e arrive, des mecs pas très vieux!
Je déjeune avec Hélène et Robert aux Sablettes devant le port et la plage. On marche jusqu'au nouveau port de Saint-Raphaël, un goéland blessé a une patte cassée, je lui donne du pain.
Tu es venu là, Emmanuel, avec nous, tes parents puis avec ta copine. Que de beaux souvenirs avec Lily et Roger!
Delphine Horvilleur parle de "solastalgie", nostalgie d'un lieu où l'on se trouve mais dont on sait pourtant qu'il n'existe plus. Ce qui était n'est plus, mais les traces d'un monde disparu en conservent le souvenir aussi solidement que s'il était indemne"... "On emporte ses morts partout avec soi. La vie et la mort ne sont pas hermétiquement séparées et l'eau qui coule n'imperméabilise pas nos vies de deuil. Au contraire, nous resserrons les liens avec ceux qui nous quittent."
Manosque est grouillante de population bigarrée.
Cette cure m'a fait du bien, mes articulations sont assouplies, j'ai moins mal au bras et au genou. J'aime cette région.
"C'est une façon de respecter les morts que de continuer à vivre" David Foenkinos
"Tous les vieux le disent: je suis habité par ma vie passée"
C'est ça, je me construis des jalons de bien-être pour arriver à ma mort sans trop déprimer.